Redonner vie à la mort. La Toussaint, la fête des morts et Halloween, c’est quoi déjà ?

Par Anouk Dunant Gonzenbach, Jean Stern et Jean-Michel Perret

C’est la semaine de toutes les célébrations liées à la mort : Halloween, La Toussaint, la fête des morts. Qu’en est-il à Genève ? Tout d’abord, reprécisons un peu tout cela.

La Toussaint est une fête catholique en l’honneur de tous les saints qui a lieu chaque année le 1er novembre, qui est dans certains pays un jour férié.

Il ne faut pas la confondre avec la fête des morts, qui a lieu le lendemain 2 novembre. L’office des morts prend son origine dans la veillée des morts que les premiers chrétiens faisaient à l’exemple des Juifs. Ce jour-là, il est coutume de se rendre au cimetière pour prendre soin des tombes d’êtres disparus et y planter des fleurs. La fête des morts est un rituel pratiqué dans de nombreuses cultures et religions.

Il règne une certaine confusion entre la Toussaint et la fête des morts, car le 1er novembre (Toussaint) étant un jour férié notamment en France, les gens se rendent ce jour-là au cimetière, pour des raisons pratiques.

Là-dessus nous est arrivé des Etats-Unis il y a plusieurs années Halloween, qui se fête dans la soirée du 31 octobre. Il semble que son nom soit une contraction de l’anglais « All Hallows-Even », qui signifie « the eve of all Hallows’day », la veille de tous les saints.

Et en terre réformée, qu’en est-il du rapport à la mort ?
On remet à Dieu  les défunts, mais il n’y a pas de communication entre les vivants et les morts.  

A Genève, à la fin de 1540, des dispositions sont prises pour organiser la cité en fonction des exigences de la Réforme et plus généralement de l’ordre public. Ainsi, une première série d’ordonnances passées en Petit Conseil en 1541 prévoit entre autres, laconiquement:  » Les predicans escripre les baptesmes et mariages et l’hospitallier les mors »[1]. En effet selon la doctrine calviniste, le rôle du pasteur se termine avec le dernier souffle du mourant et la sépulture ne donnait lieu à aucun acte religieux. C’est pourquoi les registres des décès sont tenus depuis 1545 par l’autorité civile exclusivement, c’est-à-dire par un fonctionnaire qui a été généralement le responsable de l’hôpital, ou le vérificateur des décès.

Calvin lui-même est enterré dans un lieu qu’on ne peut identifier, afin que sa tombe ne devienne pas un lieu de pèlerinage. Pourtant à cette époque la question se pose au lendemain du décès de Théodore de Bèze le 14 octobre 1605 : sa veuve souhaite qu’il soit enterré au cloître de Saint-Pierre et que son corps soit enveloppé dans du linge funéraire puis transporté par des écoliers lors d’un cortège pour lui rendre honneur. Le gouvernement autorise le lieu de l’ensevelissement, mais face aux protestations des pasteurs, qui craignent l’introduction d’une distinction sociale dans les rites funéraires, le rituel est simplifié et le linge funéraire interdit[2].

Aujourd’hui, les pasteurs célèbrent des services funèbres, qui sont des cultes d’Adieu. L’Eglise protestante de Genève ne célèbre pas de rites particuliers durant la cérémonie. Mais le-la pasteur-e ou la famille peuvent proposer des gestes qui ont un sens pour eux ou qui aident à faire le passage. Par exemple, en geste de dernier adieu, la famille peut déposer un texte ou une fleur sur le cercueil.

Le rapport à nos morts n’est donc pas tout simple. C’est sans doute pour cela qu’avec sens des personnes qui travaillent avec la mort tentent de questionner aujourd’hui ce rapport et d’en examiner les rituels dans différentes cultures. Ces questionnements, ces tentatives, ces recherches de sens, ne serait-ce pas des essais légitimes de redonner vie à la mort pour mieux l’appréhender ?

 

[1] Archives d’Etat de Genève, R.C. 35, f° 19 r°.

[2] C. Grosse, A. Dunant Gonzenbach, N. Fornerod, G. Grosse, D. Solfaroli Camillocci, S. Vernhes Rappaz, Côté chaire, côté rue. L’impact de la Réforme sur la vie quotidienne à Genève (1517-1617), La Baconnière, Genève, 2018.

 

Une image proposée par Sans le Seuil 

L’emblème IX qui se trouve dans Les vrais pourtraits des hommes illustres de Théodore de Bèze (1581) semble figurer pour Genève le statut de Jérusalem céleste, la ville-globe tenue ferme (et instable est-il dit) dans la main de Dieu. C’est un au-delà : la promesse d’un lieu élu qui abrite les justes, les ressuscités, les saints, ou l’église elle-même.

Le texte qui associe le ferme et l’instable dirait-il quelque chose de la foi ? Une certitude jamais confirmée dans une prière sans cesse renouvelée. Un attachement, un filet soutenu, entre le visible et l’invisible, un dialogue entre la cité des hommes et la cité du ciel.

Pour les catholiques, la Toussaint, c’est ce dialogue continué avec les saints qui nous précèdent dans le cœur de Dieu, un dialogue porté par eux, par leur intermédiaire, avant que nous ne prenions soin des morts dès le 2 novembre, en priant pour eux.

… Et c’est dans ce pour que naît la rupture, les indulgences combattues par Luther ne portaient-elles pas justement sur la monétisation de ce pour ? Pour son salut ou celui de ses proches, qui priait, payait. Si, aujourd’hui nous n’en sommes plus là, il nous reste la mort. Le Christianisme, toute variantes confondues, affirme cependant la résurrection : c’est-à-dire la main de Dieu qui tient ferme le fil instable de la vie, comme dans l’emblème IX (la main est cachée dans le nuage…).

Image tirée de : Théodore de Bèze, Les vrais pourtraits des hommes illustres…, Genève, Jean de Laon, 1581 (Musée historique de la Réformation, MHR, B 50,1).